Ecologie une vision locale ou globale

Ecologie une vision d’ici ou mondiale ?

Petite lecture sur ma vision de la géographie de l’écologie par Olivier Bourgeois Ingénieur Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) électricité 1992; Prix « Homme, Technique et Environnement » de l’EPFL; Membre du parti Vert’libéral Suisse; Passionné par la technologie et l’écologie depuis plus de 30 ans.

La question des actions à mener pour sauver le climat est souvent au cœur du débat.
On entend souvent dire qu’une mesure locale ne sert à rien si d’autres ne font pas de même ou que cela aura un impact négligeable par rapport à d’autres mesures.
Exemples typiques : réduire les émissions de CO2 en Suisse ne sert à rien car c’est totalement négligeable par rapport à la Chine ; contraindre les voitures à consommer moins ne sert à rien car les bateaux polluent bien plus ; vendre sa voiture pour en acheter une neuve qui pollue moins représente un bilan encore pire, …
Le but de cet article est de ramener le débat à son juste niveau en tenant compte des facteurs globaux et pas de simples calculs souvent biaisés. Le but n’est pas ici de refaire les calculs une fois de plus, mais surtout de montrer que les choses ne sont pas souvent aussi simples que dans les études présentées, bourrées de chiffres souvent contradictoires, et dont la partialité est souvent difficile à déterminer.

Pollution délocalisée

L’action sur la consommation locale influe sur la pollution induite partout sur la planète.
Il est souvent mentionné que cela ne sert à rien de nettoyer devant sa porte, déjà passablement propre, car d’autres pays font tellement pire que cela n’aura aucun impact.
En fait il faut comprendre qu’une action sur la consommation locale a réellement un impact global à l’échelle de la planète. Même la mode du consommer local doit être souvent décortiquée attentivement. Manger des légumes qui ont poussé dans son village est évidement mieux que de consommer ceux qui ont traversé la terre. A l’inverse d’autres exemples montrent que les choses ne sont pas si simples. Par exemple manger des poivrons importés du sud de l’Espagne ayant poussé au soleil et transporté jusque chez nous, sont-ils meilleurs ou pire que ceux poussé dans notre village dans des serres chauffées au gaz naturel ? Par exemple encore dire qu’il faut privilégier des panneaux solaires fabriqués en Allemagne par rapport à ceux fabriqué en Chine est complexe car la majorité de l’énergie grise contenue dans un panneau solaire est celle nécessaire à la production des barreaux de silicium et des composants électroniques et ces derniers ne sont fabriqués qu’en Asie. Ils viendront de toute manière de l’autre bout de la terre. Seul l’assemblage final aura au final fait une infime différence négative sur le coût de la main d’œuvre, mais le bilan écologique global reste le même.

Actions locales

Action sur la pollution locale de l’air et de l’eau influe partout sur la planète. Donc une réduction de x tonnes de CO2 en Suisse à le même effet sur le réchauffement climatique que les même x tonnes économisées en Chine. Donc il faut essayer de les économiser là ou c’est le plus simple de le faire, matériellement, économiquement, et politiquement. Dire cela ne sert à rien de réduire nos émissions de CO2 si la chine ne le fait pas est faux, il faut réduire les émissions partout et commencer au plus vite là ou on peut le faire, là ou la volonté de le faire est présente, là ou il est économiquement supportable de le faire, l’impact sera strictement le même et que l’on parle des émissions de CO2, de méthane et autres gaz à effets de serre. Remplacer par exemple nos voitures diesel par des électriques, alors que nous en avons les moyens, alors qu’il y a ailleurs dans le monde des millions de voitures bien plus polluantes, peut sembler inutile ! Et bien non, nos voitures chez nous causent 100’000 morts par an en Europe liées aux particules fines …
Dire que cela exporte notre pollution à l’étranger est aussi à relativiser. Le vieux diesel qui part à l’étranger ne polluera plus ici mais continuera à polluer en Ukraine ou en Afrique, là où les contrôles sont encore moins bons que chez nous ! Oui, mais la déduction de cause à effet est trop simpliste ! Est-ce que ce vieux diesel selon nos standards, et certes polluant, ne vient-il pas remplacer une très vielle épave des années 70 à bout de souffle dans ce pays sous développé ? Le gain, même dans ce pays, est donc peut-être aussi positif !

Energie grise induite

Le problème souvent mentionné de l’énergie grise induite dans les produits est bien réel. La question est par exemple de savoir si remplacer sa voiture qui roule encore par une neuve moins polluante est en fait un gain ou pas. Les détracteurs disent souvent non car l’Energie grise pour produire la nouvelle voiture est énorme. C’est totalement exact mais la question n’est pas là car cela dépend de la forme de l’énergie grise. Si l’énergie grise est 100% d’origine renouvelable alors cela n’est pas un problème, à l’inverse si cette énergie est 100% carbonée le bilan devient catastrophique. Tout n’est donc pas simple et il est possible de faire dire n’importe quoi aux chiffres.
Par exemple certains fabricants automobiles ont annoncé la création d’usine de fabrication de véhicules électriques permettant d’atteindre 100% d’énergie renouvelable induite.
Il est aussi important de ne pas se contenter de borner une analyse de ce type, au seul bilan de l’énergie grise. Cela est bien plus complexe. Il faut mettre dans la balance tous les éléments, comme la pollution induite, la part polluante de l’énergie grise consommée, l’épuisement des ressources, la pollution à l’usage du produit et aussi au recyclage ou encore la recyclabilité des matériaux utilisés.
L’analyse ne doit encore pas s’arrêter là et l’élément important, qui n’est jamais mentionné dans les études, est le gain ou la perte écologique d’un bien produit en tenant compte de celui qu’il vient remplacer. Cet élément est primordial et je vais l’appuyer d’un exemple simple de la voiture.
Si vous pensez remplacer votre voiture diesel de 5 ans par une voiture électrique par soucis écologique, vous êtes dans le doute si l’opération est bonne ou pas. La production de votre nouvelle voiture électrique est énergivore et consomme des ressources naturelles limitées. Certains vous démontrerons que le bilan est donc catastrophique et leurs calculs ne peuvent pas être remis en cause. Cependant c’est le cadre du calcul qui est souvent faux, car ne prend en compte que le cas isolé d’un véhicule remplacé par un autre. Il ne prend pas en compte la globalité de l’opération multipliée à l’échelle de la planète et souvent pas non plus tous les facteurs comme l’énergie grise ou les ressources, mais oublie le gain en émissions de particules fines impactant la santé des organismes vivants.

L’erreur est de ramener le calcul à un seul propriétaire de voiture qui l’utilise 5 ans et la remplace. La voiture ne sera pas jetée pour autant. Elle va continuer sa route, sera utilisées par d’autres propriétaires, dans différents pays et finira probablement sa vie dans un pays pauvre après de longues années et en moyenne 300’000 km pour une thermique. Ce qui compte ce n’est donc pas le rapport du bilan du premier propriétaire qui s’en débarrasse au bout de 5 ans mais bien de savoir combien de km elle aura parcouru dans toute sa vie, combien de litre d’essence, huile et plaquettes de freins elle aura utilisé dans toute sa vie et enfin dans quelle condition elle sera recyclée en bout de chaine. Il faut aussi penser à ne pas se focaliser uniquement sur la consommation des matières premières utilisées dans la nouvelle voiture, mais de leur recyclabilité. Le lithium a un bilan écologique non négligeable entre son extraction, son transport et traitement, mais il est recyclable à 96% contrairement au pétrole brûlé dans la vie de la voiture thermique…
Le nombre de propriétaires par lesquelles elle est donc passée la voiture n’a aucun intérêt dans l’approche de son bilan ni la durée moyenne par propriétaire. Utiliser ce facteur comme argument pour dire que remplacer son diesel qui roule encore parfaitement par une voiture moins polluante a un mauvais bilan est donc une énorme erreur de raisonnement.
La bonne approche serait de considérer l’ensemble du parc des voitures sur terre, de considérer l’impact global que donne le fait de rentrer à un bout de la chaine X millions de voitures moins polluantes tout en sortant à l’autre bout de la chaine Y millions de voitures les plus vieilles et les plus polluantes. C’est ce glissement global de la pollution moyenne de l’ensemble du parc qu’il faut considérer. Se focaliser sur le seul calcul du bilan énergétique du remplacement d’un véhicule est juste un faux calcul.

Conclusion

Le but est de démontrer que des simples calculs locaux ou des déductions réalisées à une échelle non significative, ne sont pas pertinents. Le système est complexe. Oui ! tout objet ou aliment produit par l’homme induit une pollution, une consommation des ressources et une quantité d’énergie, mais décider si une mesure écologique est vraiment un gain pour la planète, ne se résume jamais à un simple calcul cherchant à ne pas oublier de paramètres et prenant en compte bon nombre d’hypothèses contestables. Tirer ce genre de conclusion nécessite une vision globale de la problématique et une approche pragmatique. Et comme répété maintes fois, la seule certitude c’est que le seul bilan à 100% positif est celui de consommer moins et donc de ne pas devoir produire de nouveaux objets. (Source)

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