La transition écologique de nos territoires ne se fera pas à coups de verrues en plastique ou métal posées au coin des rues au mépris du patrimoine. En remplaçant la pédagogie et la responsabilisation par une multiplication anarchique des bacs d’apport volontaire, la Communauté de Communes de Yenne fait fausse route. Elle n’organise pas le tri : elle déplace et démultiplie les nuisances.
Une alternative technologique et rationnelle existe : la collecte de proximité par camionnettes électriques légères avec pesée embarquée. Décryptage complet.

Le Grand Paradoxe de Yenne : Pourquoi la multiplication des bacs encourage l’incivisme
1. L’abandon de la pesée embarquée : la fin de l’éco-responsabilité
Tant que le bon trieur n’est pas récompensé financièrement, le mauvais trieur continuera de cacher ses emballages ou ses biodéchets dans son sac d’ordures ménagères noir ou gris, sans aucun effort citoyen.
- L’injustice du forfait fixe : Visuellement, le mauvais trieur ne se voit pas, si ce n’est qu’il se déplace plus souvent, à pied ou en voiture, pour jeter ses sacs noirs.
- Un recul historique : La base de tout tri efficace repose sur la pesée incitative des déchets finaux. Depuis l’abandon de ce système en 2020 sur notre territoire, les éco-gestes se sont perdus. Multiplier les points d’apport volontaire au coin des rues ne changera rien à cette réalité : sans incitation financière ou vertueuse, on n’éduque pas, on subit.
2. Une ergonomie des bacs qui décourage les usagers
Les nouveaux conteneurs collectifs installés sont un recul technique majeur. Les ouvertures sont trop petites et étroites. Malgré les options affichées pour les enfants ou les personnes à mobilité réduite, ils s’avèrent totalement impraticables au quotidien. On ne peut plus y verser ses déchets par le dessus comme avec les anciens modèles, qui disposaient en outre d’une tablette de dépose bien plus ergonomique.
3. La démultiplication des nuisances locales
Plutôt que de concentrer les points d’apport sur 4 ou 5 sites précis, sécurisés, goudronnés et éloignés des habitations (qui existent déjà à Yenne), la municipalité fait le choix d’essaimer les nuisances partout.
- Chaque nouveau point de tri de quartier devient un foyer d’insalubrité : prolifération de rats, de guêpes, pollution olfactive liée au pourrissement et nuisances sonores permanentes liées au fracas du verre.
- De plus, cela encourage les incivilités (papiers envolés, dépôts sauvages, tessons de bouteilles au sol). Installer ces structures au ras de monuments historiques, comme la croix en pierre du carrefour de la Graville, est une faute lourde contre le cadre de vie.
L’urgence financière : Le spectre des amendes européennes
Si nous n’enseignons pas à nouveau la méthode de tri à la source pour réduire drastiquement le volume du déchet final, le prix de la redevance locale va exploser.
La France est régulièrement pointée du doigt par l’Union européenne pour son retard sur le tri sélectif et le recyclage des plastiques. Notre pays fait face à des pénalités financières colossales, estimées à plusieurs milliards d’euros par an (dont une amende globale de 4,4 milliards d’euros liée au non-respect des trajectoires de recyclage et de mise en décharge). Ce sont, au final, les impôts des contribuables locaux qui paient la facture de ce manque d’efficacité national et local.
La solution Acti-VE : La micro-collecte par camionnette électrique avec pesée embarquée
Pour redonner du sens au tri sans détruire la tranquillité des résidents, la collectivité doit repenser sa logistique de collecte.

Le constat technique sur le terrain
Le plus insupportable pour les riverains au quotidien, c’est le défilé incessant de véhicules extérieurs qui s’arrêtent aux carrefours résidentiels. Le claquement répétitif des portières à toute heure et les dérapages des pneus sur le sol caillouteux créent une pollution sonore et une insécurité permanentes. Pour autant, la solution n’est pas de goudronner ces espaces naturels, ce qui dénaturerait définitivement l’environnement, notamment autour du petit patrimoine vernaculaire.
La solution technologique
Il faut supprimer totalement l’apport volontaire par voiture individuelle sur les sites non adaptés. À la place, la collectivité doit mettre en place une tournée de collecte de proximité par des camionnettes électriques légères, silencieuses et équipées d’un système de pesage embarqué.
- Tranquillité retrouvée : Plus aucun claquement de portière, plus de va-et-vient de voitures ventouses, et zéro risque d’accident aux croisements.
- Respect des sites : Les sols caillouteux des carrefours de quartier restent naturels et n’ont absolument pas besoin d’être goudronnés.
- Équité et efficacité du tri : La camionnette passe à des horaires précis, pèse vos bacs ou sacs directement devant chez vous, garantissant le retour d’une redevance juste et incitative dans le calme le plus complet.
Rappel : Le guide du tri efficace, de l’achat au ramassage
Le tri sélectif n’est pas une corvée si l’on adopte la bonne méthode. Pour être efficace, il doit être pensé comme un cycle logique en 5 étapes simples :
- Étape 1 : Le tri commence au magasin (Le choix des emballages) Le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas. Évitez le suremballage (portions individuelles sous plastique, cartons inutiles) et privilégiez le vrac avec des contenants réutilisables.
- Étape 2 : Un tri à la source, directement dans la cuisine C’est sur le lieu de production du déchet que l’organisation se met en place. Séparez immédiatement les emballages légers (plastiques, cartons, métaux), le verre (bouteilles, pots), les ordures ménagères non recyclables et les biodéchets.
- Étape 3 : Le stockage intermédiaire (L’extérieur de la maison) Dès qu’un bac de cuisine est plein, transférez-le dans un lieu de stockage externe (garage, cellier, coffre extérieur). Cela évite les odeurs et maintient la propreté de la maison.
- Étape 4 : La valorisation industrielle des biodéchets Extraire les restes alimentaires des poubelles noires pour les envoyer vers une méthanerie territoriale réduira drastiquement les coûts d’incinération payés par la collectivité, tout en créant de l’énergie locale et propre (BioGNV). Consultez à ce sujet notre article complet sur l’alternative du BioGNV face à l’hydrogène routier.
- Étape 5 : La régularité, clé de la simplicité Plus on effectue ce geste éco-citoyen régulièrement, moins on accumule de déchets chez soi.
Conclusion : On n’incite pas au tri en défigurant nos carrefours avec des bacs difficilement acessibles cause circulation et odorants. On incite au tri en responsabilisant le citoyen à la source grâce à des outils technologiques modernes comme la pesée embarquée et la motorisation électrique de proximité.
Le tri, une affaire de culture : Ce que l’Alsace de mon enfance m’a appris sur le bon sens
Pour comprendre pourquoi le système actuel de Yenne est une régression, il faut revenir aux fondamentaux. Le respect des ressources et la gestion intelligente des déchets sont avant tout une question d’éducation et de culture.
D’origine alsacienne, j’ai été éduqué à ces éco-gestes dès mon plus jeune âge. Dès l’âge de cinq ans, sous l’impulsion de notre instituteur, nous organisions chaque semestre par groupes de deux le ramassage des journaux dans notre village alsacien. Munis de nos petites charrettes, nous faisions le tour des maisons.
À cette époque, la notion de « déchet » n’avait pas le même sens :
- Le verre était une ressource : Toutes les bouteilles étaient consignées et retournaient directement chez les producteurs.
- Le papier était précieux : Collecté par les écoliers, il était directement réorienté vers les filières de recyclage.
- Le seul déchet de consommation du village était la ferraille : Elle était proprement et régulièrement ramassée par les ferrailleurs bohémiens de passage.
Le tri à la source était naturel, fluide et ne coûtait rien à la collectivité. Quel contraste avec la bureaucratie actuelle qui préfère enlaidir nos villages plutôt que de responsabiliser les citoyens !
Comparatif express : Guebwiller vs Yenne
- Guebwiller (Alsace) — 39 000 habitants (201 hab/km²) : Le citoyen évolue dans un bassin dense et industrialisé, imprégné d’une culture historique et rigoureuse du tri (influence rhénane). La gestion y est centralisée, administrative et de grande échelle equipée d’une centrale de méthanisation.
- Yenne (Savoie) — 7 500 habitants (58 hab/km²) : Le citoyen vit dans un territoire rural et préservé à taille humaine. Cette échelle locale est idéale pour le dialogue direct et l’expérimentation de solutions de proximité (comme la micro-collecte électrique), mais l’habitant y subit actuellement la perte des repères du tri à la source.
Thierry Acti-VE Porte-parole du Collectif des Riverains de la Graville et des Jardins de la Dent du Chat
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